Politique de la rue : « Semer le trouble semble parfois être la seule manière de se faire entendre »

Festival 2019

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Le combat pour l’émancipation doit parfois passer par la provocation de troubles politiques. C’est le constat que dresse l’anthropologue et philosophe néerlandaise Femke Kaulingfreks, qui étudie depuis des années la manière dont les jeunes des classes populaires pratiquent la politique. À l’occasion du Human(art)istic Festival 2019, elle pousse ses recherches un pas plus loin : en collaboration avec le collectif bruxellois de hip hop Souterrain et celui de La Belle Hip Hop, elle donne la parole aux voix de la rue, sous toutes leurs formes.

Kaulingfreks n’en est pas à son coup d’essai. Elle a récemment sorti un livre sur le sujet, « Straatpolitiek » (« Politique de la rue »), et elle s’est déjà rendue dans les banlieues de Paris il y a dix ans, dans le cadre de son doctorat. À l’époque déjà, elle cherchait à savoir ce que les jeunes, surtout ceux qui sont issus de l’immigration, pensaient de la politique. La réponse qu’elle reçut à cette question est sans détour : « de la merde ». Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas représentés par la classe politique, qui est souvent perçue comme un club très fermé d’hommes blancs d’âge moyen.

femke« Certains citoyens ne se sentent pas représentés dans les structures politiques classiques et cherchent des moyens alternatifs d’exprimer leurs aspirations et critiques. » 

Cela ne signifie pas que les jeunes ne sont pas engagés politiquement. Ils ne se rendent peut-être pas aux scrutins (ou, en Belgique, ils le font en trainant les pieds), mais ils pratiquent ce que Kaulingfreks appelle la politique de la rue : « Certains citoyens ne se sentent pas représentés dans les structures politiques classiques et cherchent des moyens alternatifs d’exprimer leurs aspirations et critiques. » 

L’opposition comme germe du changement

Ces actions alternatives peuvent prendre des formes diverses, mais elles ont toutes pour point commun de faire un pied de nez aux structures existantes. L’insatisfaction peut s’exprimer de manière « innocente » via des paroles de chansons incendiaires ou un style vestimentaire rebelle, mais aussi via des émeutes ou du vandalisme. « Les autorités sont souvent très éloignées des milieux fréquentés par les jeunes, elles font ainsi figure de cible privilégiée. Semer le trouble semble parfois être la seule manière de se faire entendre. » 

straatpol« Il ne faut pas juger la politique de la rue sur le résultat ou sur les solutions qui en découlent mais sur ce qu’elle met en lumière. Le combat pour l’émancipation doit parfois passer par la provocation de troubles politiques. »

Une critique souvent formulée à l’égard de ces formes d’expression est qu’elles ne mènent généralement pas à des changements concrets. Une idée avec laquelle Kaulingfreks n’est pas d’accord : « Il ne faut pas juger la politique de la rue sur le résultat ou sur les solutions qui en découlent mais sur ce qu’elle met en lumière. Le combat pour l’émancipation doit parfois passer par la provocation de troubles politiques. » Dans certains cas, la politique de la rue peut au contraire mener à plus d’engagement dans les structures démocratiques. Pensez par exemple au mouvement populaire March for our Lives aux États-Unis, par lequel les jeunes ont introduit des actions contre des lois jugées irresponsables sur les armes, tout en appelant massivement les gens à aller voter. Mais les formes non traditionnelles de politique n’en revêtent pas moins de valeur pour autant.

Le hip hop comme drapeau rouge

L’une des formes de politique de la rue qui saute le plus aux yeux est le street art, comme le graffiti ou le placardage de stickers, mais pas extension il existe aussi d’autres arts urbains qui peuvent s’apparenter à de la politique de rue. « Certaines choses se passent littéralement dans la rue – activisme, réfugiés qui squattent des maisons – mais on peut aussi voir la rue comme un lieu public où l’on peut partager sa vision avec les autres, comme on le fait sur internet. Youtube fait ainsi figure de rue virtuelle. »

Dans ce contexte, Kaulingfreks s’intéresse particulièrement au hip hop comme expression de l’insatisfaction politique. « Malgré le fait que les rappeurs soient souvent considérés comme asociaux et sans normes, leur culture musicale offre justement un espace d’expression aux jeunes. La culture hip hop porte en elle un élément important de critique de la société, et comme elle vient d’en bas, elle contient une certaine authenticité. »

A l’occasion du Human(art)istic Festival 2019, Kaulingfreks collabore avec le collectif hip hop Souterrain, pour ancrer fermement ses perspectives philosophiques dans le Bruxelles d’aujourd’hui. Attendez-vous à une expérience multimédia lors de laquelle des artistes urbains engagent le dialogue avec l’analyse que Kaulingfreks fait de leur pain quotidien. La Belle Hip Hop, un collectif de hip hop 100% féminin, sera également de la partie. 

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