Des rythmes exaltés pour briser les barrières, avec la dj ougandaise Kampire

Festival 2019

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Le jeudi 21 mars, Kampire Bahana enflammera la soirée de clôture du festival avec un dj set endiablé. Kampire est écrivaine et activiste. Ces dernières années, elle a aussi conquis les cœurs et les oreilles en tant que dj – l’une des seules femmes présentes sur le circuit, dans un Ouganda relativement conservateur. Avec le collectif Nyege Nyege, elle fait souffler un vent nouveau sur la musique électronique.

C’est presque par hasard que Kampire s’est retrouvée derrière des platines. « C’était toujours moi qui m’occupais de gérer la playlist, lors des fêtes, mais je ne rêvais absolument pas d’être dj », raconte-t-elle. « J’ai eu l’opportunité de rencontrer pas mal d’artistes durant les soirées électroniques, on m’a ensuite proposé de m’impliquer dans l’organisation du festival Nyege Nyege, puis une chose en a entrainé une autre… Et j’ai appris à mixer sur le tas. »

UN BESOIN IRRÉPRESSIBLE DE DANSER

En luganda, Nyege Nyege signifie « Une envie soudaine et incontrôlable de bouger, de danser ou de se trémousser ». Cela résume parfaitement l’ambition de Nyege Nyege. Le collectif est actif en tant que label, il organise des festivals et des événements, et accueille en son sein toutes sortes de musiques électroniques non-commerciales d’Afrique de l’Est.

“Nous adorons accueillir des artistes étrangers en Ouganda. Mais la collaboration devrait être un peu plus équitable. »

Nyege Nyege a été fondé par Arlen Dilsizian et Derek Debru. Tous deux ont débarqué dans la capitale ougandaise Kampala il y a quelques années, un peu par hasard, et n’ont plus voulu la quitter. Ils constatent l’existence de musiques électroniques très prometteuses en Afrique de l’Est, mais ils déplorent l’absence de scène pour les laisser s’exprimer. « Si on veut qu’une industrie se développe, il faut offrir au gens une chance d’expérimenter et de développer leur maitrise pour qu’ils se sentent bien dans leur discipline », affirme Kampire. « C’est pour ça qu’il est important que des organisations comme Nyege Nyege existent pour soutenir les talents locaux. »

« Les hommes sont autorisés à se planter au début, et on leur laisse le temps de s’améliorer dans ce qu’ils font. On attend par contre des femmes qu’elles atteignent directement la perfection. »

Il arrive souvent que des artistes étrangers débarquent en Afrique pour faire leur petit marché et sampler quelques sons intéressants avant de retourner chez eux sans aller plus loin. Un phénomène auquel Nyege Nyege compte bien s’attaquer, car non seulement les artistes locaux sont souvent mis sur la touche, mais en plus, ils ne sont parfois carrément pas payés pour leur travail. « Nous adorons les collaborations », insiste l’un des fondateurs, Dilsizian. « Nous sommes ravis d’accueillir des artistes étrangers. Mais la collaboration doit être un peu plus équitable. »

DISQUES ET POLITIQUE

Kampire considère que son travail consiste implicitement à donner de la visibilité aux talents africains en dehors de la lecture coloniale. Elle décrit ses intérêts musicaux comme « tout ce qui comporte des influences africaines et qu’on peut faire passer sur un dancefloor. » En tant qu’écrivaine aussi, elle aborde régulièrement les thèmes de la décolonisation et du féminisme. Mais ce qu’elle veut surtout, c’est faire danser les gens. « Je ne pense pas à la politique quand je suis aux platines, mais je suis consciente du fait que faire passer de la musique électronique africaine en tant que femme, ce n’est pas une affaire politiquement neutre. »

« Je ne pense pas à la politique quand je suis aux platines, mais je suis consciente du fait que faire passer de la musique électronique africaine en tant que femme, ce n’est pas une affaire politiquement neutre. »

Lorsqu’elle veut monter sur scène, il lui arrive encore régulièrement d’être arrêtée par la sécurité, qui la prend souvent pour une groupie timbrée. « La gent féminine n’est pas très représentée dans le monde du DJing. C’est difficile de se projeter dans une carrière au cours de laquelle tu risques de ne pas rencontrer beaucoup de gens comme toi. Mais je vois de plus en plus de femmes dj à Kampala, les choses sont en train de bouger. »

Selon moi, le perfectionnisme constitue l’une des barrières qui limitent l’ascension des femmes. Les hommes sont autorisés à se planter au début, et on leur laisse le temps de s’améliorer dans ce qu’ils font. On attend par contre des femmes qu’elles atteignent directement la perfection. Pourtant, il faut échouer pour devenir bon dans quelque chose. C’est pour cela que j’ai envie de dire aux femmes : foncez, n’ayez pas peur ! »

Découvrez l’entièreté de l’interview de Kampire réalisée par notre partenaire Africalia.

ACHETEZ ICI VOTRE TICKET POUR LA SOIRÉE DE CLÔTURE DU JEUDI 21/03 AVEC KAMPIRE, PRÉCÉDÉE DE SHAMA BONGO ET OTIM ALPHA, ÉGALEMENT MEMBRES DE NYEGE NYEGE.

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