Ça s’est passé mercredi, au festival Human(art)istic 2019 : activisme urbain et hip hop [photos+vidéos]

Festival 2019

Le premier forum du festival Human(art)istic 2009 sur le bien commun, l’activisme urbain et la politique de rue a fait des étincelles. On se souviendra d’une grande fête multilingue avec pour moteur : l’espoir. Réflexions philosophiques, insubordination urbaine, projets avec des migrants et hip hop étaient au menu de cette chaleureuse soirée de mercredi, au Beursschouwburg.

« C’est quand il est menacé qu’on prend conscience de l’importance du bien commun. »

Le philosophe et activiste bruxellois Lieven De Cauter a commencé par nous offrir un cours accéléré sur la notion de bien commun. Cela nous a amenés à réfléchir non seulement aux biens communs mondiaux, comme le climat, mais aussi aux conséquences de la gentrification de la Bruxelles que nous chérissons tant et de sa transformation progressive en une sorte de parc d’attraction géant. Du discours de Lieven De Cauter a émergé une bonne nouvelle : suite à la vague actuelle de privatisations, la thématique du bien commun est revenu sur les devants de la scène. Il suffit de constater les efforts considérables qui sont déployés aujourd’hui pour le défendre, et l’énergie nouvelle avec laquelle on se mobilise pour cette cause. Pensez simplement à Greta Thunberg et à ses incroyables grèves du climat…
 

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« L’activisme commence par une utopie : il permet aux gens de rêver à une réalité alternative. »

Le nom de Greta Thunberg est sorti plusieurs fois au cours de la soirée, y compris pendant le plaidoyer passionné de Bram Dewolf sur l’activisme. Ce dernier a expliqué comment il est parvenu, avec l’aide de ses acolytes, à faire de son concept Picnic The Streets un succès, simplement en permettant aux Bruxellois de croire à une réalité alternative, dans laquelle la toute puissante voiture s’efface pour offrir aux habitants une ville à taille humaine. Des années plus tard, son rêve d’un boulevard Anspach piétonnier s’est réalisé, mais cela ne l’empêche pas de continuer à mener, avec son collectif Urban Foxes, des actions d’insubordination urbaine pour attirer l’attention sur les problèmes actuels.

La désobéissance est aussi au cœur de l’activisme de Pepijn Kennis, qui avec son asbl Toestand, squatte des immeubles abandonnés de notre capitale. Saviez-vous qu’à Bruxelles, il y a près de 6,5 millions de kilomètres carrés de bâtiments laissés à l’abandon ? Cela représente la superficie d’Ixelles ! Pepijn appelle cette vingtième commune « Leegbeek » (leeg = vide). Avec Toestand, il propose à des projets communautaires à la recherche d’un espace de s’installer dans ces lieux désertés. Finies, les nuisances et les dégradations : à Leegbeek, ce sont l’espoir et la rencontre qui triomphent !
 

« Nous, les migrants, ne sommes pas là pour prendre, mais pour donner. »

Le point culminant de la soirée vint après la diffusion d’un premier montage brut du documentaire Plan B de Frank Theys. Dans un des chapitres de ce dernier, il suit un projet pour migrants à Athènes. À l’occasion du festival, il a invité Kastro Dakdouk et Samir Mohanna, deux des moteurs de ce projet, à l’accompagner et à prendre la parole. Leur courageux récit a été reçu par un tonnerre d’applaudissements – comme vous pourrez le constater en regardant la vidéo. Avec une admirable lucidité, Kastro a expliqué que son Refugee Village for Freedom est une manière de se libérer de la logique tronquée de l’aide humanitaire pour contribuer activement à l’économie grecque, elle-même traversée par une crise profonde. 

« La ville est la propriété des banques d’investissement – mais elle nous appartient. »

La soirée s’est terminée sur une note poétique, avec une collaboration spéciale entre la philosophe et anthropologue Femke Kaulingfreks et les collectifs hip hop bruxellois Souterrain et La Belle Hip Hop. Entre les chansons et les sessions de beat box, de slam, de graffiti live et de break dance, Femke nous a gratifié de réflexions philosophiques sur l’importance de l’insubordination urbaine et sur le rôle primordial du hip hop dans cette démarche. La rue n’est pas seulement une manière d’aller d’un point A à un point B, raconte-t-elle, c’est aussi un espace où la communauté peut exister.
 

Ce sentiment d’appartenir à une belle communauté a d’ailleurs marqué l’ensemble de cette soirée : le public a pu fraterniser autour d’un délicieux repas préparé par les Cocottes Volantes de Bruxelles et grâce au système son A-Phone qui a permis à chacun de passer ses morceaux favoris, même la playlist a été le résultat d’une collaboration ! Ce mercredi s’est terminé en beauté avec les dessins réalisés en direct par l’illustrateur Kristof Braekeleire de Visual Harvesting, pendant qu’on dansait sur les beats incendiaires de CNN199, de La Belle Hip Hop et de 16 Bars. Une première soirée qui aura démontré qu’on peut faire de grandes choses, quand on œuvre main dans la main !