Ça s’est passé jeudi au festival Human(art)istic, et c’était sold out : rythmes africains et moments d’exception [photos+vidéos]

Festival 2019

L’édition 2019 du festival Human(art)istic s’est terminée jeudi, en toute sensibilité, avec d’envoûtants rythmes ougandais, d’impressionnantes chorégraphies et de captivants poèmes. Une soirée plurielle marquée à la fois par la réflexion et par une irrépressible envie de danser. Nous revenons pour vous sur les grands moments de cet événement, mais n’hésitez pas à consulter nos vidéos pour profiter plus pleinement de cette incroyable édition ! 

« Les larmes de crocodile versées par l’Europe sur les cadavres de migrants qui échouent sur ses plages démontrent l’hypocrisie de sa politique. »

Le forum Territoire et Migration s’est ouvert avec l’intervention du lauréat tunisien du prix Nobel de la paix Ahmed Galai. Celui-ci nous a rappelé le caractère naturel du phénomène de la migration, qui a toujours existé et n’est considéré comme indésirable que depuis peu par les pays de l’Ouest. Il appelle de ses vœux une Europe unie, décidée à prendre ses responsabilités dans la crise migratoire actuelle. Aujourd’hui, seuls deux migrants sur dix prennent la route de l’Europe ; la réaction de panique des Européens à ce qu’ils semblent concevoir comme une invasion est donc largement exagérée, et Ahmed Galai estime que l’Union a l’obligation morale de se préoccuper davantage du respect des droits humains.

Le plaidoyer d’Ahmed a été suivi d’un deuxième appel, lancé cette fois au gouvernement belge par l’écrivain Piet Joostens. Celui-ci a regretté le fait que l’écrivain libyen A. Monem Mahjoub n’ait pas pu être présent au festival malgré les efforts qu’il déploie – avec l’aide de l’organisation ICORN – pour le faire venir à Bruxelles. Mahjoub se cache en effet actuellement en Tunisie après avoir reçu des menaces de mort dans son pays natal, mais cela ne semble pas être pris en considération par l’état belge qui continue de ne pas donner suite à sa demande de visa. 

Ayant récemment eu l’occasion de parler avec l’écrivain lybien, la journaliste tunisienne Zeineb Ameur est venue lire un texte écrit de sa main, dans lequel il nous invite à réfléchir à la nature même de l’identité. L’écrivain syrien-kurde et poète Hosheng Ossi, qui a pu déménager dans notre pays grâce à ICORN et qui vit maintenant à Ostende – « la plus belle ville d’Europe » -, a ensuite partagé avec nous quelques-uns de ses poèmes qu’il a lus avec passion, en arabe.

« À cette époque où l’on nous dresse les uns contre les autres, nous devons réapprendre à faire confiance. »

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Le réalisateur de théâtre Chokri Ben Chikha nous a quant à lui offert un intermède plein de sensibilité et par moment carrément hilarant. Actuellement en train de travailler sur une interprétation moderne de l’opéra classique Didon et Énée, il est venu nous en présenter un avant-goût. Dans sa version, Didon n’est pas une reine mais une femme qui accueille chez elle un migrant nommé Énée – interprété par le danseur Fouad Nafili. Avec son frère Walid Ben Chikha, chanteur de talent, et le professeur Rik Pinxten, Chokri met le doigt sur la blessure que représente la situation actuelle des migrants. L’équipe créative est unanime à propos de la fin du récit originel – le suicide de Didon –, qu’elle juge trop dramatique pour notre époque. Mais il s’agit d’un opéra, et il faut bien que quelqu’un meure… Qui ? Découvrez-le dans notre vidéo !

« Ce n’est pas parce qu’on est coincé dans un camp de réfugiés qu’on doit aussi être enfermé dans son âme et dans son corps. » 

Après la pause, durant laquelle nous avons pu profiter des savoureuses spécialités végétariennes des Cocottes Volantes, nous avons eu le plaisir de découvrir le documentaire Hors Limites, de Raffi Aghekian et Tristan Locus. Tourné à Ouagadougou, celui-ci montre comment le chorégraphe burkinabé Salia Sanou utilise le mouvement et la danse comme langage pour travailler avec les migrants maliens, et comment il s’efforce, par le biais de ses ateliers, de leur insuffler un nouvel élan et de leur offrir une voie pour sortir de l’impasse des camps. Après le film, les réalisateurs sont venus témoigner, les larmes aux yeux, de l’accueil chaleureux qu’ils ont reçu à Ouagadougou.

« Je ne viens pas en tant que chorégraphe, mais en tant qu’humain… pour me connecter avec ces gens. » 

Ce fut ensuite le moment de donner aux migrants eux-mêmes l’occasion de s’exprimer. Salia est également venu à Bruxelles pour organiser ses ateliers ; il a donc travaillé avec une trentaine d’entre eux, qui vivent dans notre capitale des situations proches de celles qu’il a pu voir en Afrique. Le résultat de ces rencontres prend la forme d’une magnifique chorégraphie, interprétée avec une énorme sensibilité, qui a été saluée par plus de deux minutes d’applaudissements. Par ses chorégraphies, Salia explique avoir voulu illustrer les différents états du corps, et parler du passé, du présent et surtout du futur.

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Après un si bel exemple, le public n’avait plus qu’une chose à faire, se mettre à danser à son tour. Et avec les sons soul de Shama Bongo, l’énergie sauvage et les rythmes endiablés de Otim Alpha et beats africain de DJ Kampire, cela ne lui a pas demandé trop d’effort ! La salle s’est électrisée – Otim a même réussi à faire remonter Ahmed Galai et Salia Sanou sur scène – et le festival Human(art)istic 2019 s’est refermé dans une ambiance pleine de vitalité, d’espoir pour le futur et de gratitude pour nos incroyables invités et notre public enthousiaste. À l’année prochaine !