À Bruxelles, les réfugiés dansent vers l’avenir, avec Salia Sanou (Burkina Faso)

Festival 2019

ACHETER UN TICKET

Salia Sanou est l’un des chorégraphes africains les plus renommés de ces dernières décennies ; par l’intermédiaire de la danse, il donne une langue et une voix aux jeunes et aux réfugiés. Pour le festival Human(art)istic, il propose à Bruxelles son projet Hors Limites, créé à la suite d’ateliers de danse qu’il a menés avec 16 réfugiés maliens au Burkina Faso. « Danser peut guérir les blessures. »

Sanou est né en 1969, au Burkina Faso. Actif depuis le début des années 90 dans le monde de la danse, il s’intéresse plus particulièrement à la danse africaine. Dans son pays natal, il a fondé l’école de danse La Termitière et le festival de danse moderne Dialogues de Corps. Deux initiatives profondément ancrées dans le contexte burkinabé et africain, qui ont pour objectif d’offrir une plateforme aux danseurs et chorégraphes professionnels africains, mais aussi à la jeunesse locale.

Guérir par la danse

Fasciné par des thèmes tels que le territoire et l’identité, Sanou s’inspire de ces sujets pour créer ses spectacles. Il est en outre intimement convaincu que la danse à le pouvoir d’aider les gens à se sortir de situations désespérées et à reprendre espoir. « La danse peut guérir les blessures », affirme le chorégraphe. C’est cette conviction qui l’a poussé à partager son art dans les camps de réfugiés du Burkina Faso, où des dizaines de milliers de Maliens arrivent chaque année depuis 2012, fuyant les violences de leur pays d’origine.

“La danse peut être une manière pour les gens de reprendre le dialogue avec eux-mêmes et leur environnement, pour se laisser respirer et créer des perspectives. Cela leur offre une chance de rêver.”

C’est ainsi qu’est né le projet Refugees on the Move, qui a mené Sanou et d’autres artistes à se rendre dans les camps de réfugiés pour donner des ateliers de danse et de musique. « Au sein des camps de réfugiés, la vie se déroule dans un environnement fermé, sans perspective d’avenir, avec l’ennui et la solitude pour seuls compagnons », raconte Sanou. « La danse peut être une manière pour les gens de reprendre le dialogue avec eux-mêmes et leur environnement, pour se laisser respirer et créer des perspectives. Cela leur offre une chance de rêver. »

De l’espoir pour le futur

Son expérience dans les camps de réfugiés de Mentao et de Sag-Nioniogo a profondément marqué Sanou, qui s’en est inspiré pour créer son spectacle Du Désir d’Horizons. « D’innombrables images et sensations restent gravées en moi : les rangées de misérables huttes et leurs toits de tôle, les enfants galopant dans tous les sens, leurs cris, leurs rires, le regard des adultes remplis de tant de questions. La réalité et l’attente d’une ouverture à l’horizon. L’angoisse aussi ; l’angoisse de mourir, de ne pas pouvoir construire d’avenir. »     

“Je manque de mots pour décrire les conditions de vie inhumaines que j’ai vues dans les camps de réfugiés. J’ai vite compris que la danse serait le seul moyen pour moi de partager cette expérience.”

“Je constate encore que les mots me manquent pour décrire la violence et les conditions de vie indignes et inhumaines que j’ai vues dans les camps. J’ai vite compris que la danse serait le seul moyen pour moi de partager cette expérience. Du Désir d’Horizon n’est pas un spectacle documentaire, mais plutôt un reflet des nombreuses émotions humaines qui s’expriment dans les camps, et de l’espoir d’un avenir meilleur. »

« Mon propos n’a rien du documentaire ni du témoignage. Mon travail est avant tout une composition dans laquelle le vocabulaire chorégraphique laisse la place au sens et à la réflexion sur la situation délicate des réfugiés, et sur la manière dont elle résonne en chacun de nous. L’horizon, c’est le futur, l’espoir. Je me suis autorisé à rêver à un monde meilleur et à en gommer la barbarie et l’absurdité. ».

Sans frontière

Suite à son travail dans les camps de réfugiés et aux moments intenses qu’il y a vécus, Sanou a également décidé d’organiser l’édition 2018 du festival de danse Dialogues de Corps autour des thèmes du territoire et de l’imaginaire. C’est aussi dans ce contexte qu’il a mis sur pied Hors Limites, une série d’ateliers qu’il a réalisés à Ouagadougou avec 16 réfugiés maliens. Après les avoir formés aux techniques de la danse et ouverts à l’expérimentation et à l’improvisation, Sanou les a amenés à travailler plus spécifiquement sur les différents états émotionnels du corps. Le résultat de ces sessions a été montré et filmé durant le festival.

“L’horizon, c’est le futur, l’espoir. Je me suis autorisé à rêver d’un monde meilleur, sans barbarie et sans absurdité.”

Maintenant aussi à Bruxelles et au Human(art)istic Festival 2019

Sanou est actuellement à Bruxelles pour donner des ateliers à des réfugiés et des immigrés d’ici. Pendant le festival, les résultats des sessions de Ouagadougou et de Bruxelles seront présentés au public. « Avec ce projet, nous souhaitons non seulement enclencher une nouvelle dynamique chez ces jeunes, mais aussi sensibiliser le public à la précarité de leur situation, pour entrainer une mobilisation. »

ACHETER UN TICKET